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C’est une nouvelle qui risque de bousculer les habitudes de consommation de nombreux Français. Alors que les rayons de nos supermarchés regorgent de produits ultra-transformés, deux études scientifiques majeures, publiées cette semaine, viennent jeter un pavé dans la mare de l’industrie agroalimentaire. Ces travaux, menés par l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Cress-Eren) de l’Inserm, de l’Inrae et de l’Université Sorbonne Paris Nord, établissent pour la première fois un lien statistique significatif entre la consommation de certains conservateurs alimentaires et un risque accru de deux pathologies chroniques majeures : le cancer et le diabète de type 2.
Jusqu’à présent, les doutes subsistaient, souvent alimentés par des études sur l’animal ou des données isolées. Mais l’ampleur de ces nouvelles recherches, basées sur la célèbre cohorte NutriNet-Santé, apporte un éclairage inédit et préoccupant sur le contenu de nos assiettes. Au total, ce sont plus de 100 000 participants qui ont été suivis entre 2009 et 2023, permettant aux chercheurs d’analyser finement l’impact de l’exposition chronique à ces substances omniprésentes.
La force de ces révélations réside dans la méthodologie employée. Les chercheurs ne se sont pas contentés d’analyser des groupes d’aliments, mais sont descendus au niveau moléculaire. En croisant les données de consommation détaillées des participants avec les bases de données de composition des produits (via les marques et dénominations commerciales), ils ont pu quantifier l’exposition précise à chaque additif.
Selon Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm et coordinatrice de ces travaux, il s’agit des « deux premières études au monde sur les liens entre additifs conservateurs et incidence de cancer et de diabète de type 2 ». Les résultats ont été publiés simultanément dans deux revues prestigieuses : The BMJ pour le volet cancer, et Nature Communications pour le volet diabète.
Le volet de l’étude consacré au diabète de type 2 est particulièrement précis. Sur les 17 conservateurs analysés individuellement, 12 d’entre eux ont été associés à un risque plus élevé de développer la maladie chez les gros consommateurs. Le risque de diabète serait accru de 47 % pour les participants les plus exposés à l’ensemble des conservateurs, par rapport aux faibles consommateurs.
Voici la liste des additifs identifiés par les chercheurs, classés par catégorie :
Les conservateurs non-antioxydants (souvent antimicrobiens) :
Les conservateurs antioxydants :
Il est important de noter que certains de ces additifs, comme l’acide citrique ou les extraits de romarin, sont d’origine naturelle, ce qui rappelle, selon les chercheurs, que « ce n’est pas parce que c’est naturel que c’est bon pour la santé » lorsqu’il s’agit d’additifs industriels consommés en excès.
Concernant le risque de cancer, l’étude publiée dans le British Medical Journal met en évidence une corrélation entre la consommation globale de conservateurs dits « non-antioxydants » et une augmentation de l’incidence du cancer, spécifiquement du cancer du sein et de la prostate.
Quatre familles de conservateurs sont particulièrement visées par ces résultats :
Les chercheurs soulignent que des mécanismes biologiques potentiels, observés dans des études expérimentales (in vitro ou sur animaux), pourraient expliquer ces résultats : inflammation de bas grade, perturbation du microbiote intestinal ou encore stress oxydant. Cependant, comme le rappelle l’équipe scientifique, ces études sont observationnelles : elles montrent une association statistique forte, mais ne prouvent pas encore un lien de cause à effet direct et unique.
Ces résultats tombent dans un contexte où la régulation des additifs est en plein débat en Europe. Si l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) réévalue régulièrement les doses journalières admissibles, l’effet « cocktail » (le mélange de plusieurs additifs) reste le grand angle mort de la toxicologie réglementaire.
Pour les consommateurs, le message est clair. Bien qu’il soit difficile d’éviter totalement ces substances tant elles sont omniprésentes (plus de 700 000 produits en contiennent selon la base Open Food Facts), la prudence est de mise. Les autorités de santé, via le Programme National Nutrition Santé (PNNS), recommandent déjà de limiter la consommation d’aliments ultra-transformés.
En attendant d’éventuelles nouvelles restrictions réglementaires, la meilleure prévention reste le retour aux produits bruts. Cuisiner maison à partir d’aliments frais, privilégier les produits avec la liste d’ingrédients la plus courte possible et éviter les plats préparés industriels sont les leviers les plus efficaces pour réduire son exposition. Comme le suggèrent ces deux études, la simplicité dans l’assiette semble être, plus que jamais, le meilleur allié de notre santé à long terme.
Selon les nouvelles études de l Inserm et de l Inrae, douze additifs spécifiques sont associés à un risque accru de diabète. Cette liste inclut notamment le nitrite de sodium E250 présent dans la charcuterie, le sorbate de potassium E202 dans les laitages et l acide citrique E330. Une forte exposition à ces substances augmenterait le risque de maladie de 47 pour cent.
Oui, les recherches publiées dans le British Medical Journal ont établi un lien statistique entre la consommation de conservateurs non-antioxydants et une hausse des cancers du sein et de la prostate. Les familles d additifs particulièrement surveillées sont les nitrites, les sorbates, les sulfites et les acétates.
Pas nécessairement, car l étude souligne que même des additifs naturels comme l acide citrique ou les extraits de romarin sont associés à des risques pour la santé lorsqu ils sont consommés en excès dans des produits industriels. Les chercheurs rappellent que l origine naturelle ne garantit pas l absence de nocivité dans un contexte d alimentation ultra-transformée.
La meilleure prévention consiste à limiter la consommation d aliments ultra-transformés et à privilégier le fait-maison à partir de produits bruts et frais. Il est également recommandé de lire les étiquettes pour choisir les produits ayant la liste d ingrédients la plus courte possible, afin d éviter l effet cocktail des mélanges de conservateurs.
Les conservateurs incriminés sont omniprésents dans les rayons des supermarchés, notamment dans les charcuteries industrielles riches en nitrites, les pains de mie, les pâtisseries et les sodas contenant de l acide phosphorique. Les plats préparés et les laitages industriels sont également des sources majeures de ces substances surveillées par les scientifiques.