Versione PDF di: Lactalis : Besnier saisit la ministre Annie Genevard face à la centrale Everest

Questa è una versione PDF del contenuto. Per la versione completa e aggiornata, visita:

https://blog.tuttosemplice.com/fr/lactalis-besnier-saisit-la-ministre-annie-genevard-face-a-la-centrale-everest/

Verrai reindirizzato automaticamente...

Lactalis : Besnier saisit la ministre Annie Genevard face à la centrale Everest

Autore: Francesco Zinghinì | Data: 20 Gennaio 2026

C’est une prise de parole aussi rare que retentissante dans le monde feutré de l’industrie agroalimentaire. En ce mardi 20 janvier 2026, le secteur de la grande distribution est en ébullition suite à la révélation, par nos confrères de LSA, d’une lettre explosive envoyée la veille par Emmanuel Besnier. Le très discret PDG du géant laitier Lactalis a pris la plume pour interpeller directement Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de la Forêt. L’objet de son courroux ? Les pratiques commerciales de la centrale d’achat européenne Everest, qu’il accuse de mettre en péril l’équilibre économique de toute la filière laitière française.

Alors que les négociations commerciales annuelles sont entrées dans leur phase critique — le fameux « money time » avant la date butoir du 1er mars —, ce courrier marque une escalade sans précédent dans le bras de fer qui oppose le numéro un mondial du lait aux distributeurs. Emmanuel Besnier, qui s’exprime habituellement peu dans les médias, sort de sa réserve pour dénoncer ce qu’il qualifie de tentatives de contournement de la loi française via des structures basées à l’étranger. Au cœur du viseur : l’alliance Everest, qui regroupe les puissances d’achat d’Intermarché, d’Auchan et du groupe Casino.

Ce conflit illustre la tension extrême qui règne actuellement sur le marché de la consommation. Entre la nécessité de préserver le pouvoir d’achat des Français après des années d’inflation et l’impératif de rémunérer correctement les producteurs agricoles, l’équation semble impossible à résoudre sans heurts. En saisissant le gouvernement, Lactalis place l’exécutif face à ses responsabilités concernant l’application des lois Egalim, censées sanctuariser la matière première agricole.

Un conflit d’une violence inédite

La lettre d’Emmanuel Besnier, datée du lundi 19 janvier 2026, ne s’embarrasse pas de circonlocutions diplomatiques. Selon les informations rapportées par LSA et confirmées par plusieurs sources proches du dossier, le dirigeant accuse formellement la centrale Everest de vouloir « négocier hors de France le lait produit, transformé et commercialisé sur le territoire français ». Une pratique qui, si elle était avérée, constituerait une violation de l’esprit, sinon de la lettre, des réglementations françaises visant à protéger le revenu des agriculteurs.

Le patron de Lactalis pointe directement du doigt la responsabilité de Gianluigi Ferrari, le dirigeant de la centrale Everest. Selon Emmanuel Besnier, ce dernier aurait décidé « unilatéralement » de procéder au déréférencement de plusieurs gammes de produits phares du groupe (Président, Galbani, Lactel) faute d’accord sur les tarifs. Cette décision brutale est perçue par l’industriel comme une mesure de rétorsion inacceptable, visant à tordre le bras de son fournisseur pour obtenir des conditions financières jugées insoutenables.

L’argumentaire de Lactalis repose sur la défense de la « part agricole ». Le groupe affirme que les demandes de déflation exigées par la centrale d’achat ne peuvent être absorbées sans impacter le prix payé aux éleveurs ou la marge industrielle nécessaire aux investissements de modernisation. Dans un contexte où la finance d’entreprise est scrutée à la loupe, Lactalis refuse de céder sur ce qu’il considère comme une ligne rouge.

La menace du déréférencement et ses conséquences industrielles

Le terme technique de « déréférencement » cache une réalité industrielle lourde de conséquences. Concrètement, cela signifie que les produits Lactalis pourraient disparaître des rayons des enseignes Intermarché, Auchan et Casino, non seulement en France, mais aussi dans cinq autres pays européens : l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, la Suisse et la Pologne. Cette dimension internationale du conflit souligne le pouvoir de nuisance des super-centrales d’achat européennes.

Dans son courrier à la ministre Annie Genevard, Emmanuel Besnier alerte sur l’impact immédiat de ces mesures. Selon lui, le boycott partiel de ses produits fait peser un « risque immédiat sur l’équilibre économique de la filière ». Les conséquences logistiques sont déjà palpables : avec des commandes à l’arrêt ou en forte baisse, les 70 usines françaises du groupe se retrouvent confrontées à des « surplus de stock » dès cette semaine.

Cette situation met Lactalis dans une position délicate. Le lait étant une matière périssable, il ne peut être stocké indéfiniment. Si le conflit s’enlise, le groupe pourrait être contraint de dévaloriser une partie de sa production (en la transformant en poudre de lait vendue à bas prix sur les marchés internationaux, dont les cours sont volatils comme en bourse), ce qui pèserait inévitablement sur sa rentabilité et, par ricochet, sur sa capacité à rémunérer les producteurs de lait au prix fort.

La centrale Everest au cœur de la tempête

La centrale Everest n’en est pas à sa première polémique. Créée pour mutualiser les achats des grands distributeurs et peser face aux géants de l’agroalimentaire comme Nestlé, Unilever ou Lactalis, elle est régulièrement accusée par les industriels de servir d’outil de contournement de la loi française. En négociant depuis les Pays-Bas ou la Suisse, ces alliances cherchent à échapper au cadre strict du Code de commerce français, notamment concernant les dates butoirs et les clauses de révision de prix.

Pour les enseignes membres d’Everest (Intermarché, Auchan, Casino), cette alliance est une question de survie économique. Face à la concurrence féroce d’E.Leclerc (et sa propre alliance Eurelec) ou de Carrefour, elles doivent impérativement obtenir les meilleurs tarifs pour rester compétitives en rayon. Elles arguent que leur mission première est de défendre le pouvoir d’achat des consommateurs dans une période où l’économie des ménages reste fragile.

Interrogé par l’AFP, un porte-parole d’Intermarché a vivement réagi aux accusations de Lactalis. L’enseigne reproche à l’industriel d’« instrumentaliser le prix de la matière première agricole pour éviter toute négociation sur les coûts industriels ». Selon la distribution, les coûts de l’énergie, du transport et des emballages sont en baisse par rapport aux pics des années précédentes, et ces baisses devraient être répercutées sur les tarifs, ce que Lactalis refuserait de faire en se cachant derrière la protection des agriculteurs.

L’État appelé à l’arbitrage

En saisissant Annie Genevard, Emmanuel Besnier place le gouvernement dans une position d’arbitre obligé. La ministre de l’Agriculture a fait de la souveraineté alimentaire et de la protection du revenu agricole ses priorités. Elle ne peut rester sourde à l’appel du premier groupe laitier mondial, surtout lorsque celui-ci invoque le respect de la loi Egalim.

Ce courrier intervient d’ailleurs peu avant la tenue d’un comité de suivi des négociations commerciales. L’exécutif dispose de plusieurs leviers, notamment via la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), pour vérifier si les négociations respectent bien le cadre légal. Des amendes record ont déjà été prononcées par le passé contre des centrales d’achat pour des pratiques abusives, mais les montants, bien que significatifs, sont souvent jugés insuffisants par rapport aux enjeux financiers se chiffrant en milliards d’euros.

L’enjeu politique est de taille. Si l’État laisse faire, il envoie le signal que les lois françaises peuvent être contournées par des montages juridiques européens. S’il intervient trop fermement, il risque d’être accusé de favoriser l’inflation alimentaire en protégeant les marges des industriels. C’est sur cette ligne de crête que la ministre devra naviguer dans les prochains jours.

Conclusion

La lettre d’Emmanuel Besnier à la ministre de l’Agriculture marque un tournant dramatique dans les négociations commerciales de 2026. Elle révèle au grand jour la brutalité des rapports de force qui se jouent en coulisses entre les géants de l’industrie et les mastodontes de la distribution. Au-delà du cas Lactalis, c’est toute l’architecture de la régulation des prix alimentaires en France et en Europe qui est questionnée. Alors que la date butoir du 1er mars approche, le dénouement de ce conflit aura valeur de test pour la solidité de la loi Egalim et pour l’avenir de la filière laitière française. Reste à savoir si l’intervention politique suffira à ramener les parties à la table des négociations ou si la guerre des rayons ne fait que commencer.

Questions fréquemment posées

Pourquoi Emmanuel Besnier a-t-il saisi la ministre de l’Agriculture ?

Le PDG de Lactalis a écrit à Annie Genevard pour dénoncer les pratiques de la centrale d’achat Everest. Il accuse cette alliance de distributeurs de vouloir négocier les tarifs hors de France pour contourner les lois françaises, notamment la loi Egalim qui protège la rémunération des agriculteurs. Emmanuel Besnier demande l’intervention de l’État car il estime que les exigences de baisse de prix mettent en péril l’équilibre économique de toute la filière laitière.

Quels sont les risques de déréférencement pour les produits Lactalis ?

Le conflit commercial pourrait entraîner la disparition des rayons de marques phares comme Président, Galbani et Lactel. Ce déréférencement menace les enseignes Intermarché, Auchan et Casino, non seulement en France mais aussi dans cinq autres pays européens. Si aucun accord n’est trouvé, les consommateurs ne trouveront plus ces produits en magasin, ce qui oblige Lactalis à gérer des surplus de stock dans ses usines.

Comment la centrale Everest contourne-t-elle la loi Egalim ?

La centrale Everest est accusée par les industriels de profiter de sa localisation aux Pays-Bas ou en Suisse pour échapper au Code de commerce français. En négociant depuis l’étranger, elle tente d’éviter les dates butoirs et les clauses de révision de prix imposées par la France. Cette stratégie vise à obtenir des tarifs plus bas sans respecter les mécanismes légaux censés sanctuariser le prix de la matière première agricole.

Quels arguments la grande distribution oppose-t-elle à Lactalis ?

Les distributeurs, notamment Intermarché, affirment que leur priorité est de défendre le pouvoir d’achat des consommateurs face à l’inflation. Ils reprochent à Lactalis d’instrumentaliser la cause agricole pour refuser de baisser ses marges industrielles. Selon eux, la baisse des coûts de l’énergie et des emballages devrait logiquement entraîner une réduction des tarifs, ce que le géant laitier refuserait d’appliquer.