Nous vivons à une époque où notre existence est dupliquée : une vie physique, tangible, et une vie numérique, composée de bits, de cloud et de profils sociaux. Lorsqu’une personne décède, la gestion de ce patrimoine immatériel devient une question complexe, souvent douloureuse pour les proches. En Italie, pays à la forte tradition juridique et culturelle liée à la mémoire, le thème de l’héritage numérique joue un rôle de plus en plus central.
Il ne s’agit pas seulement de récupérer des photographies ou des documents. Il s’agit de gérer l’identité posthume d’un individu. La culture méditerranéenne, qui attribue une valeur sacrée au souvenir et à la commémoration, se heurte aujourd’hui aux politiques rigides des multinationales technologiques. Comprendre comment naviguer entre les réglementations italiennes, les règlements européens (RGPD) et les paramètres des plateformes est devenu indispensable.
Cet article explore comment protéger ses données et comment gérer les comptes d’un proche décédé. Nous analyserons les outils juridiques et techniques disponibles, offrant un guide pratique pour naviguer dans ce carrefour délicat entre affects, loi et technologie.
Selon une étude de l’Oxford Internet Institute, d’ici 2100, les profils de défunts sur Facebook pourraient dépasser ceux des vivants, transformant la plateforme en la plus grande archive historique de l’humanité.
Le Contexte Italien et Européen
Le concept d’héritage numérique en Italie est relativement récent mais évolue rapidement. Contrairement aux biens matériels, clairement régis par le Code civil, les biens numériques vivent dans une zone grise. Cependant, l’Italie se distingue en Europe par une réglementation avant-gardiste sur la protection des données post-mortem.
Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) ne s’applique pas directement aux défunts, laissant aux États membres la liberté de légiférer. L’Italie a répondu avec l’article 2-terdecies du Code de la protection des données personnelles. Cette norme établit que les droits relatifs aux données personnelles des personnes décédées peuvent être exercés par quiconque a un intérêt propre ou agit pour la protection de la personne concernée.
Toutefois, il existe un équilibre délicat. La loi permet au défunt d’interdire de son vivant l’accès à ses données post-mortem, sauf pour des questions patrimoniales ou de défense en justice. Cela crée souvent des conflits entre la volonté de confidentialité du défunt et le désir de souvenir (ou la nécessité administrative) des héritiers.
Comptes de Commémoration et Réseaux Sociaux
Les plateformes sociales ont développé des outils spécifiques pour gérer le deuil en ligne. L’approche varie considérablement d’un service à l’autre, influençant la manière dont la mémoire numérique est préservée. La transformation d’un profil actif en un compte de commémoration est l’étape clé pour geler les contenus sans permettre de nouvelles interactions non autorisées.
Facebook et Instagram
Meta, propriétaire de Facebook et Instagram, propose deux voies principales : la suppression du compte ou la commémoration. Un compte de commémoration affiche la mention “En souvenir de” à côté du nom. Personne ne peut y accéder, même avec le mot de passe, à moins qu’un contact légataire n’ait été désigné.
Le contact légataire a des pouvoirs limités mais significatifs. Il peut gérer les publications d’hommage, mettre à jour la photo de profil et télécharger une copie des données partagées (si autorisé), mais ne peut pas lire les conversations privées. Il est fondamental de configurer cette option dans les paramètres de sécurité de son vivant pour éviter des blocages bureaucratiques futurs.
Google et le Gestionnaire de compte inactif
Google gère une immense quantité de données, des e-mails sur Gmail aux photos sur Google Photos. L’entreprise propose un outil appelé “Gestionnaire de compte inactif”. L’utilisateur peut décider après combien de temps d’inactivité (ex. 3 mois) le système doit considérer le compte comme abandonné.
Il est possible de définir jusqu’à 10 contacts de confiance qui recevront une notification et, optionnellement, l’accès à des données spécifiques. Si rien n’est configuré, les héritiers devront affronter une longue procédure légale avec Google, souvent à l’issue incertaine en raison des lois strictes sur la confidentialité aux États-Unis.
La planification est le seul outil sûr : s’en remettre aux procédures post-mortem des plateformes sans instructions préalables signifie souvent perdre à jamais l’accès aux souvenirs numériques.
La Jurisprudence : L’Affaire Apple et le Tribunal de Milan

Un tournant pour l’héritage numérique en Italie a été marqué par plusieurs jugements, en particulier celui du Tribunal de Milan en 2021 contre Apple. L’affaire concernait les parents d’un jeune défunt qui demandaient l’accès à l’identifiant Apple de leur fils pour récupérer des photos et des vidéos.
Apple refusait l’accès en citant la protection de la vie privée et les lois américaines. Les juges italiens ont donné raison aux parents, appliquant l’article 2-terdecies déjà mentionné. Le jugement a établi que le “lien affectif” constitue un intérêt légitime suffisant pour accéder aux données, à moins que le défunt ne l’ait expressément interdit par écrit.
Ce précédent est fondamental. Il démontre qu’en Italie, le droit au souvenir et les liens familiaux peuvent prévaloir sur les politiques d’entreprise des Big Tech. Cependant, pour éviter des procès coûteux, il est toujours préférable d’agir préventivement via les outils mis à disposition par les logiciels, comme la fonction Contact légataire introduite par Apple suite à ces événements.
Patrimoine Numérique : Au-delà des Photos
Lorsque nous parlons d’héritage numérique, nous pensons souvent uniquement aux photos de vacances. En réalité, le patrimoine numérique comprend des actifs de valeur économique et pratique. Les cryptomonnaies, les portefeuilles NFT, les domaines web, et les comptes de e-commerce ou les services par abonnement font partie de la succession.
Identifiants et Sécurité
La sécurité est le premier obstacle. Sans les mots de passe ou les codes d’authentification à deux facteurs, accéder à un compte en ligne ou à un portefeuille crypto est quasi impossible. Le chiffrement, né pour nous protéger des criminels, devient une barrière infranchissable pour les héritiers.
Pour ceux qui gèrent des finances en ligne, il est vital d’envisager une stratégie de cybersécurité domestique incluant un plan de succession. L’utilisation d’un gestionnaire de mots de passe avec fonction d’”accès d’urgence” est une solution technique recommandée. Elle permet de désigner une personne qui pourra demander l’accès au coffre-fort de mots de passe en cas de décès ou d’incapacité.
Sauvegarde et Stockage Local
S’en remettre exclusivement au cloud est risqué. Les entreprises peuvent fermer les comptes pour inactivité ou défaut de paiement. Une bonne pratique consiste à conserver des copies locales des données les plus importantes. Effectuer régulièrement une sauvegarde des e-mails et des documents sur des disques durs externes garantit que les informations ne seront pas perdues si le cloud devient inaccessible.
Comment Préparer son Héritage Numérique
Planifier sa succession numérique est un acte de responsabilité envers ses proches. Cela ne nécessite pas de compétences techniques avancées, mais seulement un peu d’organisation. Voici une liste d’actions concrètes à entreprendre immédiatement pour faciliter la tâche à ceux qui resteront.
Inventaire Numérique
La première étape est de créer un inventaire. Listez les appareils (smartphone, PC, tablette) et leurs codes de déverrouillage. Ensuite, cartographiez les comptes en ligne essentiels : banque, réseaux sociaux, e-mails, services domestiques. N’écrivez pas les mots de passe directement dans la liste si celle-ci n’est pas conservée de manière sécurisée, mais indiquez où les trouver (ex. dans le gestionnaire de mots de passe).
Mandat Post-Mortem
En Italie, il est possible de rédiger un testament ou un mandat post-mortem spécifique pour le numérique. Dans ce document, on peut désigner un exécuteur testamentaire numérique. C’est l’endroit idéal pour exprimer clairement la volonté de détruire certaines données ou d’en remettre d’autres à des personnes spécifiques, résolvant en amont les potentiels conflits de confidentialité.
Nettoyage et Sécurité Active
Maintenir une hygiène numérique aide. Supprimez les comptes anciens et inutilisés. Assurez-vous que vos appareils sont protégés mais accessibles via des procédures d’urgence. Pour approfondir comment blinder les données tout en les gardant organisées, il est utile de consulter un guide sur comment rendre le PC sécurisé et protéger les données. Moins vous laissez de chaos numérique, moins vos héritiers auront de charges.
En Bref (TL;DR)
Découvrez comment gérer l’héritage numérique en configurant les contacts légataires sur Google et Apple et en accédant légalement aux clouds des défunts dans le respect de la confidentialité.
Apprenez à configurer les contacts légataires sur Google et Apple et à gérer l’accès aux données cloud dans le plein respect de la confidentialité.
Apprenez à configurer les contacts légataires et à gérer l’accès aux données numériques dans le plein respect de la confidentialité.
Conclusions

L’héritage numérique représente un défi moderne qui touche aux cordes les plus profondes de notre culture : la mémoire, l’identité et la famille. Si d’un côté la technologie offre l’illusion de l’immortalité via les données, de l’autre elle impose des barrières techniques qui peuvent rendre le deuil encore plus difficile à élaborer. La réglementation italienne, avec le soutien du RGPD et du Code de la protection des données personnelles, offre des protections importantes, mais la loi seule ne suffit pas.
La véritable solution réside dans la conscience individuelle. Configurer les contacts légataires sur Google et Facebook, utiliser des gestionnaires de mots de passe avec accès d’urgence et rédiger un inventaire numérique sont des étapes fondamentales. Prendre soin de son héritage numérique n’est pas une pensée macabre, mais un geste de soin et de protection envers les personnes que nous aimons, assurant qu’il reste de nous ce que nous souhaitons transmettre, accessible à ceux qui en ont le droit.
Foire aux questions

L’héritage numérique est l’ensemble des biens et données en ligne (photos, comptes, cryptomonnaies) qu’une personne laisse après sa mort. Le gérer est fondamental pour préserver les souvenirs affectifs et récupérer des actifs économiques, tout en évitant les vols d’identité ou les violations de la vie privée post-mortem.
Vous ne pouvez pas vous connecter directement pour des raisons de confidentialité. Vous pouvez cependant signaler le décès à Facebook en fournissant un certificat de décès pour transformer le profil en compte de commémoration ou demander sa suppression. Si vous avez été nommé ‘contact légataire’, vous aurez des droits de gestion limités.
Généralement non, les plateformes protègent le secret de la correspondance même après la mort. Cependant, la loi italienne permet aux héritiers d’agir pour ‘intérêt légitime’, ce qui peut mener à des recours en justice pour obtenir l’accès aux données dans des cas spécifiques.
Sans la fonction ‘Contact légataire’ active, l’accès est bloqué. Les proches devront entreprendre un parcours juridique complexe, obtenant une ordonnance du tribunal à présenter à Apple pour prouver le droit de succession sur les données numériques.
Oui, mais c’est risqué car le testament devient public. Il est plus sûr d’indiquer dans le testament les modalités pour récupérer les mots de passe (ex. via un gestionnaire de mots de passe ou une enveloppe scellée confiée à un tiers) plutôt que de les écrire en clair.




Avez-vous trouvé cet article utile ? Y a-t-il un autre sujet que vous aimeriez que je traite ?
Écrivez-le dans les commentaires ci-dessous ! Je m'inspire directement de vos suggestions.