En Bref (TL;DR)
Près de 1 500 médecins spécialistes s’exilent à Bruxelles pour contourner les réquisitions et protester contre la politique sanitaire du gouvernement.
Le syndicat Le Bloc orchestre cette opération choc pour dénoncer le budget de la Sécurité sociale 2026 et les contraintes administratives.
Cette stratégie provoque une pénurie de soins immédiate avec plus de 150 000 opérations chirurgicales déprogrammées dans les cliniques de l’Hexagone.
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C’est une image inédite, presque surréaliste, qui marque ce début d’année 2026. Depuis quelques jours, les couloirs feutrés des hôtels bruxellois ont remplacé les blocs opératoires français pour près de 1 500 médecins spécialistes. Ce mercredi 14 janvier, alors que le mouvement de grève entamé le 5 janvier bat son plein, cet « exil symbolique » en Belgique prend une tournure résolument politique. Loin de leurs cabinets, ces praticiens entendent dénoncer ce qu’ils qualifient de « harcèlement administratif » et de « réquisitions abusives » orchestrés par le gouvernement de Sébastien Lecornu.
L’opération, baptisée « Opération Bruxelles », a été minutieusement préparée par le syndicat Le Bloc. Elle vise à contourner légalement les arrêtés préfectoraux qui obligent les grévistes à assurer la permanence des soins en France. En franchissant la frontière, ces chirurgiens, anesthésistes et obstétriciens se mettent hors de portée des forces de l’ordre françaises, créant de facto une pénurie de soins immédiate dans l’Hexagone. Une stratégie du choc pour forcer l’exécutif à rouvrir le dossier brûlant du budget de la Sécurité sociale (PLFSS 2026).

Un « exil » pour échapper aux réquisitions
La colère des blouses blanches a atteint un point de non-retour suite à la multiplication des réquisitions ordonnées par les Agences Régionales de Santé (ARS). Selon le Dr Philippe Cuq, président du syndicat Le Bloc, l’objectif est de « créer une situation sanitaire politiquement insupportable » pour contraindre le gouvernement à la négociation. Sur les quelque 2 000 médecins inscrits initialement pour ce déplacement, plusieurs centaines ont été interceptées par des notifications de réquisition avant leur départ, mais environ 1 500 ont réussi à gagner la capitale belge.
« On nous traite comme des délinquants alors que nous demandons simplement les moyens de soigner correctement nos patients », s’indigne une anesthésiste présente à Bruxelles. Pour ces professionnels de la santé, la réquisition est devenue l’outil systématique du gouvernement pour briser le droit de grève, masquant ainsi les carences structurelles du système de soins français.
La politique de santé du gouvernement Lecornu sous le feu des critiques

Au cœur du conflit se trouve la politique menée par le Premier ministre Sébastien Lecornu et sa ministre de la Santé, Stéphanie Rist. Les médecins libéraux fustigent un budget de la Sécurité sociale 2026 jugé « comptable » et déconnecté de la réalité du terrain. Deux mesures cristallisent particulièrement les tensions : la limitation stricte des prescriptions d’arrêts de travail et une nouvelle taxation visant les médecins du secteur 2 (à honoraires libres).
Le gouvernement justifie ces réformes par la nécessité de combler le déficit de la Sécurité sociale et de garantir l’accès aux soins pour tous. Sébastien Lecornu a d’ailleurs réaffirmé sa fermeté, déclarant vouloir « décourager les dépassements d’honoraires excessifs ». Une posture vécue comme une provocation par les syndicats, qui rappellent que ces compléments d’honoraires sont souvent indispensables pour investir dans du matériel de pointe et maintenir la qualité de la médecine libérale.
Des conséquences lourdes pour les patients

Sur le terrain, les conséquences de ce bras de fer sont immédiates et inquiétantes. Avec la fermeture de nombreux cabinets et l’arrêt des blocs opératoires dans les cliniques privées, on estime à plus de 150 000 le nombre d’interventions chirurgicales déprogrammées depuis le début du mouvement. Si les urgences vitales restent assurées par l’hôpital public — lui-même saturé —, les délais de prise en charge s’allongent dangereusement pour les pathologies « froides ».
Cette situation aggrave un contexte déjà tendu, marqué par des déserts médicaux croissants. Comme le soulignait récemment un rapport, il faut parfois attendre six mois pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue ou un ophtalmologue dans certaines régions. Pour les grévistes, la politique actuelle ne fera qu’accélérer la fuite des praticiens vers l’étranger ou vers le déconventionnement, mettant en péril tout le système de prévention et de soins à la française.
Conclusion

Alors que cet exil belge doit s’achever dans les prochaines heures, le retour des médecins en France s’annonce sous haute tension. Loin d’apaiser la situation, le gouvernement semble parier sur l’essoufflement du mouvement et l’impopularité de la grève auprès des patients. Pourtant, la détermination des syndicats reste intacte. Ils préviennent déjà : sans geste fort de Matignon, notamment sur la révision des tarifs et l’arrêt de la « coercition administrative », le mouvement pourrait se durcir, plongeant le système de santé français dans une crise profonde et durable.
Questions fréquemment posées

Ce déplacement massif de 1500 praticiens vers la Belgique vise principalement à échapper aux réquisitions préfectorales qui les obligent à travailler malgré la grève. En franchissant la frontière, ces spécialistes contournent légalement l’autorité des forces de l’ordre françaises pour créer une pénurie de soins immédiate. Cette stratégie de choc a pour but de forcer le gouvernement Lecornu à renégocier le budget de la Sécurité sociale et à stopper ce qu’ils considèrent comme un harcèlement administratif.
Le conflit porte essentiellement sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 jugé déconnecté de la réalité médicale par les syndicats. Les médecins libéraux s’opposent fermement à la limitation stricte des prescriptions d’arrêts de travail et à la nouvelle taxation des honoraires libres du secteur 2. Ils réclament des moyens financiers accrus pour investir dans leur matériel et refusent la logique purement comptable imposée par le Premier ministre et la ministre de la Santé Stéphanie Rist.
Cette grève et l’exil des spécialistes ont entraîné la déprogrammation de plus de 150 000 interventions chirurgicales dans les cliniques privées. Si les urgences vitales sont redirigées vers un hôpital public déjà saturé, les délais de prise en charge pour les pathologies dites froides s’allongent considérablement. Cette situation aggrave les difficultés d’accès aux soins dans un contexte déjà marqué par la multiplication des déserts médicaux sur le territoire national.
Habituellement, les Agences Régionales de Santé peuvent ordonner aux forces de l’ordre de notifier des réquisitions aux médecins pour assurer la continuité des soins. Pour éviter cette obligation légale, le syndicat Le Bloc a organisé ce départ vers la Belgique, car l’autorité des préfets français s’arrête à la frontière. Cette manœuvre rend impossible la remise des notifications en main propre, plaçant les praticiens hors de portée des sanctions administratives françaises le temps de leur séjour à Bruxelles.
Le bras de fer risque de se durcir car le gouvernement semble miser sur l’essoufflement du mouvement et l’impopularité de la grève auprès de l’opinion publique. Toutefois, les syndicats préviennent que sans une révision des tarifs et un arrêt de la coercition administrative, la mobilisation pourrait s’intensifier. Le risque majeur évoqué est une fuite durable des praticiens vers l’étranger ou un déconventionnement massif qui mettrait en péril le système de santé français.
Sources et Approfondissements
- Comprendre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS)
- Tarifs de convention et honoraires libres (Secteur 1 et Secteur 2)
- Portail des Agences Régionales de Santé (ARS) et organisation des soins
- Présentation du syndicat Le Bloc (Chirurgiens, Anesthésistes, Obstétriciens)
- Le droit de grève et la continuité du service public dans la Constitution

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